Jean-Paul Brighelli a pu se le procurer, comme un journaliste du Monde d’ailleurs.
Il analyse en quoi le constat désenchanté des auteurs a un lien direct avec l’idéologie communautariste diffusée ces dernières années.
Le 17 août dernier, le Monde révélait la teneur d’un rapport encore confidentiel de la DGESCO sur les « discriminations » dans le milieu scolaire.
En résumé, tout va mal, les discriminations s’accroissent, le racisme se banalise, les handicapés sont de moins en moins intégrés dans l’école, les filles méprisées, les homosexuels honnis, vilipendés, battus, parfois.
Et les diverses « communautés » (le lecteur sait déjà combien ce terme m’indispose, en ce qu’il suppose réalisée la fragmentation de la République dont rêvent tant de gens si bien intentionnés) passent volontiers leur temps à s’entre-déchirer.
L’École ou le laboratoire de la désintégration à la française.
Savoir comment ce constat accablant est arrivé sur la table de Benoît Floch n’est pas anecdotique.
De bonne source, le rapport originel était fort balancé, mesuré, tout à fait digne des personnalités somme toute respectueuses des usages qui l’avaient concocté (1*).
Il n’est pas indifférent que le cabinet grenellien lui-même ait choisi de durcir les conclusions, de muscler l’expression, bref, de rajouter une couche alarmiste sur ce qui était à l’origine un exercice d’équilibriste entre ce qui se passe de pire et ce qui ne va pas tout à fait mal.
De là à penser qu’un conseiller ministériel a lui-même choisi de poser le rapport, qui ne devait être rendu public qu’en septembre, après les premiers feux de la rentrée, sur la table du journaliste, en lui suggérant d’insister sur les faits inquiétants signalés çà et là…
Après tout, je me le suis bien procuré moi-même, par une filière tout aussi officieusement officielle.
En tout cas, il faudra bien répondre à cette question : quel intérêt avait le ministère à passer outre les nuances pour donner au rapport de la DGESCO un arrière-goût de vitriol ?
Pourquoi caricaturer une situation déjà alarmante ?
Peut-être le ministre a-t-il déjà des réponses toute faites, pour paraître agir sans engager plus de moyens, sans réviser des décisions (réforme du lycée ou formation des maîtres) qui ne satisfont que les béni-oui-oui, et sans envisager des mesures (une refonte complète du second cycle, par exemple, avec remise en cause du « collège unique ») qui chagrineraient des idéologues rousseauistes persuadés que l’enfant est bon, surtout si on le met au centre du système.
Après avoir rappelé la loi (article 225-1 du Code pénal), la commission définit les types de discriminations “ directe, indirecte ou « systémique » ” dont la combinaison produit un climat délétère, caractérisé par un ensemble de « micro-violences » produisant un effet de harcèlement qui a « un effet dévastateur sur le climat des établissements et le bien-être des élèves et des personnels ».
Nombre d’organisations auditionnées ont lié ce phénomène à la promesse non tenue d « égalité des chances » et déjà il faut remarquer que personne, en ce moment, parmi ceux qui se gargarisent avec ces trois mots délicats, ne se soucie vraiment de les définir.
Il en est aujourd’hui de l’égalité des chances comme du droit aux soins, confondu avec un « droit à la santé » que même à Lourdes on ne nous promet pas.
L’égalité des chances, c’est la mise en place des conditions pédagogiques pour que chaque élève aille au plus haut de son potentiel ça ne signifie pas que chacun réussira de manière identique : c’est même cette volonté égalitariste qui a tout doucement tué l’égalité.
La photographie que propose le rapport est d’autant plus floue que, comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, les victimes de discriminations se taisent souvent, et que des établissements en apparence tranquilles sont parfois, en sous-sol, le théâtre de violences verbales ou physiques, visant particulièrement les homosexuels.
Autre facteur d’incertitude, l’accusation de « racisme » n’est souvent que la réaction épidermique, instantanée, à une mauvaise note, mais empoisonne durablement l’ambiance.
La mesure même des discriminations pose problème.
La médiatrice n’a recensé que 41 saisines à motif discrimination, pour près de 7000 au total en 2009.
Une goutte d’eau ou la partie émergée d’un iceberg ?
De même le recensement officiel des violences (une centaine sur plus d’un millier d’établissements) dont la discrimination est le ressort ne laisse apparaître qu’une infime partie du problème : le non-dit est la caractéristique principale de cette violence qui peine à être avouée, parce que les victimes sentent que si elles se plaignaient, elles renforceraient encore l’étiquette qu’on leur colle, parfois indûment tant la discrimination peut s’appuyer sur des rumeurs, des règlements de comptes, des stigmatisations arbitraires, etc.
Puis la commission, s’efforçant de préciser l’origine des problèmes, énumère les préjugés, poncifs, stéréotypes que véhiculent les élèves (et en cela, c’est à peine si l’on peut parler d’une discrimination volontaire, tant ils ne font que reproduire, en les caricaturant parfois, les réflexes acquis ailleurs).
Préjugés que peuvent entretenir, dit le rapport, les enseignants eux-mêmes : « Des propos racistes ou des jugements sur des religions, en particulier l’islam, sont parfois tenus » et d’épingler encore une fois des manuels scolaires dont la Halde avait jadis souligné le caractère stigmatisant, dans un rapport qui fut durablement une source de rire (3*).
La phrase m’a agacé, tant j’y entends l’écho de propos d’élèves qui crient au feu et à la discrimination dès que l’on souligne que le ramadan est une pratique peu favorable à l’attention en classe, ou que la lapidation pratiquée dans moult pays arabes est une barbarie justifiée par un statut de la femme archaïque mais toujours d’actualité, que Mahomet ignorait nécessairement Darwin, ou que les origines du conflit israélo-palestinien sont complexes.
Plus intéressant, même si le vocabulaire utilisé est insupportable de niaiserie : la dénonciation de la « quête identitaire », et la « détérioration du vivre ensemble ».
Il est vrai que traiter les « Céfrans » de « souchiens » (surtout quand on connaît les rapports difficiles de l’Islam et des canidés) peut paraître quelque peu discriminant : mais qui a fait croire aux élèves que toute énormité était bonne à dire ?
Qui, encore aujourd’hui encourage l’expression « la sacro-sainte expression » de telles injures ?
Les mêmes qui s’étonnent, la bouche en cœur, qu’il y ait parfois des chocs en retour ?
Plus intéressante, la condamnation du « relativisme culturel » pratiqué par nombre d’enseignants.
Nous sommes là pour enseigner fondamentalement la culture française, parce qu’elle est dominante, comme disait Marx, et que c’est celle dans laquelle évolueront les enfants quand ils seront adultes.
Comme disait Gaston Kelman, on peut être noir et ne pas aimer le manioc, je crois même qu’il préférait personnellement le Corton et le Montrachet pour arroser son bœuf bourguignon.
J’ai souvenir d’avoir été accusé d’islamophobie parce que j’étudiais il y a une quinzaine d’années en BTS un dossier sur le vin…
J’ai l’impression que le ministère est tout disposé à accentuer les stages de gestion de classe (avec Sébastien Clerc, par exemple…), mais fort peu à remettre en cause une formation des maîtres dont il est déjà évident qu’elle ne favorise pas la maîtrise des savoirs disciplinaires.
L’insertion des handicapés est rendue difficile par les parents qui « craignent que la présence d’un élève handicapé dans la classe n’induise une moindre performance scolaire de leur enfant », et par les enseignants qui « refusent de scolariser en l’absence d’un auxiliaire de vie scolaire » indispensable, mais si coûteux.
Je ne suis pas sûr qu’il faille « parler d’homosexualité » à l’école mais si nous l’évoquions avec naturel à propos de Gide, Proust ou Montherlant (c’est-à-dire si nous étudiions les uns et les autres, au lieu de nous lancer dans des « débats » sans objet), peut-être la récrée serait-elle moins terrain de chasse aux gays.
Il faut en finir avec l’idée fausse de la démocratie que transporte le droit à l’expression : la république, ce n’est pas une juxtaposition de communautés, c’est un état commun pour un commun devenir.
Mais évidemment, quand on entend un ministre de l’Intérieur épingler les ROMS …
Sources Extraites de l’article de Jean-Paul Brighelli.
Fanch

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